Countries

Belgique

Colour Type

Couleur

Silent/Sound

Avec son

Directeurs

Cast

Production

Pays

Belgique

À propos de ce film

Jeanne Dielman, avant de devenir un film culte, fut un film événement. Si l'on s'en tient au synopsis, il aurait pu faire un film "conventionnellement correct". Jeanne, veuve petite-bourgeoise, arrondit ses fins de mois et fait face à l'éducation de son fils, adolescent besogneux et boutonneux, en se prostituant entre le chiffon à poussière et la soupe de poireaux. Elle vit comme un métronome, s'interdisant tout écart dans son horaire et toute individualité de pensée. Un matin, le réveil sonne une heure plus tôt. Elle perd ses fragiles repères, connaît le plaisir et tue son amant tarifé. Le film étant sorti pendant les années du féminisme militant, il fut revendiqué comme le parangon et l'illustration de l'aliénation féminine. Or, il est clair que si ce film est aussi important par rapport à l'histoire du cinéma, c'est parce qu'il met en place une autre perception du drame et du personnage, de la gestion de l'action et de l'espace, du rapport de la fiction et du réel. Du temps aussi, puisque c'est ce dernier paramètre qui a "agacé les dents". Comment oser montrer en temps réel la préparation d'escalopes panées, l'épluchage d'un kilo de pommes de terre ou la toilette d'une femme obsédée par la souillure de l'autre? Or ce temps "insupportable" dans son adéquation au geste pose le problème du réalisme qui est, a contrario, complètement évacué. Il laisse, en dehors de la gestion du temps (trois journées "normales": la répétition d'un rituel de vie) et de la gestion de l'espace (les couloirs parcourus, les portes ouvertes, les lumières éteintes), surgir la fiction par le vide ou le manque.